24-06-2006 : Message à mes petits enfants
M E S S A G E à mes petits-enfants (*)
La Royale Union des Services de Renseignement et d’Action (R.U.S.R.A.), c’est quoi ?
Heureusement, tu n’as pas connu la guerre 40-45 sauf, sans doute par des films spectaculaires et je pense « Au jour le plus long » avec Bourvil, notamment.
Tu sais que notre pays, la Belgique, est un pays épris de liberté, où tu peux aller et venir comme tu le souhaites, où tu peux t’exprimer librement, où tu peux librement écouter des chansons, surtout anglaises, alors que pendant la guerre, le fait même d’écouter la B.B.C. était puni parfois de mort, bref, tu peux tout ou presque tout sans risque de te trouver dans un train te conduisant vers la mort, car tu as entendu les reportages sur de tels camps ou, peut-être même as-tu visité Auschwitz ou un autre de ces nombreux camps d’extermination. Tu as certainement entendu parler aussi de gens qui ont fait partie de l’Armée Secrète, du Mouvement National Belge, etc …
Mais ce que tu ne sais peut-être pas, car on en a très peu parlé, ce sont ces gens « de l’ombre », « ces taiseux » dont le silence était le maître mot tant était dangereuse la mission qu’ils accomplissaient pour aider les Alliés à aller vers la Victoire.
Revenons en 1940. Le 18 mai, après une résistance souvent héroïque, notre armée s’est vue contrainte de capituler. Parmi la population belge, nombreux sont ceux qui ont attendu patiemment la fin de la guerre en espérant une fin heureuse et ayant comme grand souci de trouver de quoi manger le lendemain.
Les soldats furent en grand nombre envoyés dans des « stalags » et des « oflags », d’autres enfin, furent réquisitionnés pour le travail obligatoire et certains devinrent des « réfractaires ». Mais dès le début, il y a ceux qui n’ont pu accepter la défaite et qui préféraient mourir qu’être soumis à l’occupant (Potius mori quam foedari). Ceux-là ont décidé de tout faire pour nuire à l’ennemi et œuvrer à la libération de la Patrie.
Si certaines personnes ont choisi le « maquis », si des cheminots ont saboté le trafic ferroviaire, si certains ont hébergé des clandestins, ou des enfants juifs, si certains ont distribué des journaux ou des tracts imprimés clandestinement, ceux dont nous parlons maintenant se sont mis au service de Londres, organisant les « réseaux clandestins », fournissant aux États-Majors Alliés des renseignements précieux, indiquant les mouvements des troupes allemandes, transmettant les prévisions météorologiques nécessaires pour les missions aériennes, organisant les sabotages, mettant sur pied des filières d’évasion d’aviateurs alliés abattus sur notre territoire, et d’autres agents « brûlés » pour leur permettre de rejoindre l’Angleterre, … bref en accomplissant toute mission susceptible de contribuer à la Victoire.
Mais peut-être vas-tu te demander comment réaliser tout cela alors que 30 km de mer nous séparent de la Grande Bretagne ?
Pour communiquer, il y avait les postes émetteurs clandestins qui changeaient continuellement de lieu d’émission car traqués par des véhicules allemands munis d’appareils de goniométrie ; il y avait ceux qui épiaient sans cesse tout mouvement des troupes pour le signaler à Londres.
Des agents rejoignaient Londres la nuit par la voie maritime, d’autres étaient embarqués à bord d’avions dont l’atterrissage se faisait la nuit sur des terrains en pleine campagne guidés par des balisages de fortune, et tous ceux-là nous revenaient la nuit par parachutages amenant de nouvelles instructions pour la poursuite du combat.
Par ailleurs, nombreuses sont les communications essentielles faites par des messages personnels, anodins, sauf pour ceux qui les recevaient et qui étaient diffusés à heure fixe par la B.B.C. radio anglaise. Les Anciens se souviennent de la fameuse phrase qui précédaient ces émissions : « Ici ... Londres … ».
Et l’on peut comprendre aisément que ces agents qui travaillaient sous de faux noms et prénoms étaient devenus la bête noire surtout de la « gestapo » qui les traquait sans cesse, et une fois pris, les torturait pour leur faire avouer leur mission ou donner des indications sur les complices, avant bien souvent de les envoyer en piteux état vers la mort, car tous ceux-là, même dans la pire des souffrances n’ont jamais avoué, ou ont envoyé leurs tortionnaires sur des fausses pistes.
A la Libération des enquêtes extrêmement sévères ont été organisées surtout par la Sureté de l’État pour déceler parmi des milliers de requérants, ceux qui étaient reconnus avoir eu une participation personnelle directe aux services secrets avec reconnaissance effective de « Service au Front ».
Ainsi, 5.266 agents ont été investis des grades militaires allant du colonel à celui d’adjudant. Les 13.450 autres personnes ont été nommées aux grades d’auxiliaires de 1e ou 2e classe des Services de Renseignement et d’Action.
Le tribu payé par ces agents : sur 5.266 cités plus haut, 1.817 ont été nommés à titre posthume.. De nombreux autres sont morts des suites des sévices subis en prison ou dans les camps de concentration.
Le 30 septembre 1945, il y aura 61 ans cette année 2006, fut fondée à Bruxelles, l’Union des Services de Renseignement et d’Action, et c’est pour rendre hommage à tous ceux qui ont œuvré dans ces services que le Roi des Belges a conféré le titre de Royal à l’Union qui devint dés lors la Royale Union des Services de Renseignements et d’Action (RUSRA).
Mais le temps passe, la population vieillit et en janvier 2006 la RUSRA ne comptait plus que 250 membres effectifs et autant de sympathisants. La plus haute autorité de l’Église a dit un jour devant l’ONU « plus jamais la guerre ». Le premier devoir de ceux qui regardent avec espoir vers l’avenir est de se souvenir de ce qu’ils ont appris du passé. Garder le souvenir de ceux et celles qui se sont sacrifiés, qui se sont battus pour que nous soyons libres :
C’EST LE DEVOIR DE MÉMOIRE.
Chers Jeunes,
Si vous êtes petite-fille ou petit-fils d’un parent qui aurait une reconnaissance comme Agent A.R.A., invitez-le à nous rejoindre. Parlez-en avec vos aïeux, avec vos parents, et si eux, comme vous, ressentent avec fierté le besoin de participer au Devoir de Mémoire, rejoignez-nous en temps que membre sympathisant.
Il n’y a plus en vie qu’un seul vétéran de la guerre 14-18 pourtant la flamme du souvenir est ravivée chaque année … il est essentiel qu’il en soit ainsi pour les Agents de l’Armée du Renseignement et de l’Action.
(*) par André MAILLARD, agent A.R.A. du réseau Clarence (24.06.2006)


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